Se dissocier et oublier

0 Biographie  |   September 22, 2015  |     1399

J’ai arrêté d’écrire surtout parce que je ne comprenais plus ce qui m’arrivait. J’ai eu beaucoup de crises, pertes de mémoires, je me suis même rendu à l’urgence psychiatrique. C’est arrivé juste une fois, et beaucoup de monde peut me juger ou ne pas comprendre, ou penser que je fais ça pour l’attention, ou que j’exagère. Ils penseront ce qu’ils veulent; je ne vais pas m’en mêler.

Avec le thérapeute, Emmanuel, on fait de la PNL. La programmation neuro-linguistique; en gros c’est des outils pour reprogrammer ton cerveau sur certain sujets. Le principal problème ici c’est quand on a fait l’exercise nommé la ligne de vie, qui permet de créer une impression de continuité dans ta vie, de lier les différents moments ensemble dans un grand et long jet. Dans mon cas, ça a ‘backfieré’, ça a eu des conséquences très négatives. Et la répétition n’a pas aidé. En fait à la fin de l’excercise je n’arrivais pas à me rappeler du début, ni même d’avant le début. Ma mémoire s’effaçait, coup sur coup, et pas juste pendant la période de ‘transe’; le blanc de mémoire allait jusqu’à 10-15 minutes avant le début de l’exercise. Moi ça m’a boulversé. J’ai vécu pas mal de choses intenses dans ma vie; mais oublier d’un coup sec ce que tu as fait les derniers 30 minutes, LA LA. En un instant alors qu’il n’y a aucune justification (ever); j’ai pas aimé ça. Je me suis mis à douter sérieusement de moi, de ma santé mentale. Je me suis mis, pour la première fois depuis le début de la thérapie à avoir envie de voir un psychiâtre question d’avoir un diagnostique plus précis. Le thérapeute lui disait que c’était parce que je vivais une trance, mais honnêtement j’ai toujours suivi et gardé le fil pendant la trance. Et quand je sortais de ces sessions ou on tentait la ligne de vie, j’avais un telle hargne en moi, une telle aggressivité j’aurai baisé 12 filles d’affilié sans débander entre elles.

On a tenté la ligne de vie lors de trois sessions différentes; avec un écart de plusieurs mois entre chaque essais. Honnêtement, sur le coup ça peut me donner un boost de confiance en moi de me rendre compte de ce que j’ai accompli; tout ce que j’ai traversé et là ou je suis rendu aujourd’hui. Je crois que c’est un peu le but de l’exercise. Mais la perte de mémoire ça m’ébranle trop, et c’Est arrivé chaque fois. Je croyais qu’il y aurait eu un progrès entre les sessions; pas du tout. Ça aussi ça m’a ébranlé; puisqu’on a tellement creusé, tellement fouillé, creux, si creux dans mon être. Je me disais que ça avait du libérer l’élément déclencheur.

C’est finalement au début du mois de septembre, en compagnie de Sascha à New York que j’ai compris. Sascha a une intelligence particulière, elle fait plein de lien que personne d’autre ose faire. C’est souvent des liens évidents une fois qu’elle les aura exprimés, peut-être trop évidents, remplis de candeur et d’innocence mais souvent justes. Et là elle m’a dit que comme j’avais vécu des dissociations de personnalités lorsque je revenais à moi après m’être fait noyé ou étouffé et avoir perdu connaissance, lors du processus de dissociation la mémoire s’efface et tu oublie carrément les derniers 4-6-8-10 heures de ta vie.

À force de méditer et d’aller de plus en plus creux, j’arrivais à rejoindre ce noyau de souffrance si dense; c’est une sensation particulière. Toute connexion avec le monde physique disparaît, la distance disparaît, le temps disparaît et les sens sont si sensibles, si aiguisés. Si quelqu’un me parle de l’autre côté de la pièce j’ai l’impression qu’il est pratiquement à l’intérieur de moi. Je sens une certaine paix dans cet état, il me semble que tout est vrai, que c’est cet état-là qui est vrai; absoluement vrai; complêtement vrai. Ça ça veut dire que la majorité de mon être est toujours là-dedans. Et mon troisième oeil s’active; et ça fait mal, j’ai tellement mal dans mes trippes c’est insupportable. Mes idées sont confuses, je ne vois pas clairement, j’ai de la difficulté à enchainer les pensées. Et quand j’en ressors, pouf; j’oublie. Je ne sais plus ce qui est arrivé avant, je me souviens juste des derniers moments les 2-3 minutes de la fin. C’est insupportable.

Et ce qui se passe, l’idée de Sascha, c’est que c’est normal que ma mémoire s’efface quand je vais là. Parce que c’est ce qui s’est passé originellement; dans les vrais moments. Et alors que je revisite, le même phénomène m’affecte mais à plus petite échelle puisque je passe que quelques minutes, une dizaine ou vingtaine tout au plus. Honnêtement je ne suis pas capable d’y rester plus longtemps, c’est tellement gros, tellement puissant et je me sens insignifiant devant tellement de souffrance accumulée; elle vient me chercher si profondément, elle défait tout ce que j’ai bâti, mon égo au complêt y passe, mes idées, mes idéaux, j’en ressors noirci chaque fois. Et je vis pendant plusieurs heures le ‘hangover’ à retardement, le mal de tête, les idées noires, confuses. La tête fragile qui va exploser à tout moment. Il y a tellement peu de sensation de progrès que tout ce que j’ai envie de faire c’est m’en aller, loin, loin, m’amuser, bâtir l’enfant en mois, le faire grandir le plus possible pour qu’il puisse faire face à toute cette douleur et l’annuler parce que moi j’en suis incapable.

Avant la rencontre avec Sascha, j’ai fait un traitement de cranio sacré pendant lequel j’ai vu, en détail et au ralenti le processus exact de dissociation. Je l’ai revécu, le moment de réveil après avoir perdu connaisance asphyxié, ou ton âme revient dans ton corps et là prend la décision de laisser derrière, avec une partie de mon identité, les derniers 12 ou 15 heures de ma vie. Ça coute, honnêtement, parce que ça prend de la force pour conserver ça à l’intérieur et cette force vient de la personnalité bâti jusqu’à ce jour; plus précisément du morceau de ton identité qui est sacrifiée et restera prisionnière de la souffrance trop grande pour être vécu à ce moment-là. Quand tu te réveilles pleinement, tu te sens vide, mais tu ne sais pas pourquoi. Tu ne sais pas ce qui s’est passé, t’es juste vide, un morceau de toi a disparu et tu ne sais pas ou il est allé, et là tu imbibes de ton environnement pour compenser ce vide. Dans mon cas c’était mes parents que j’imbibais. Je devenais chaque fois un peu plus ‘eux’ et un peu moins moi. J’ai vu combien de fois c’est arrivé, 63 fois. Aujourd’hui quand je regarde ‘The Girl With the Dragon Tattoo’ j’aimerais avoir son courage et aller tattouer dans le front à mon père : “J’ai pimpé mes enfants”.

Ma mère savait, mon père participait sans me toucher directement physiquement, et puis mes parents m’aimaient tellement!

Honnêtement le processus de dissociation est difficile à décrire. C’est une perte, un écoulement d’émotions et de souvenirs vers un espace concis, restreint et pour permettre ça, il a fallu sacrifier une partie de moi, moi qui était déjà super fragile. Alors vous vous imaginez après 30 fois, 40 fois, 50 fois. Vous vous imaginez que c’est arrivé une dizaine de fois avant que j’atteigne l’âge de 3 ans. En gros, je ne sais pas qui je suis.

Le lendemain au réveil, tu sens qu’il manque quelque chose, ton identité, ce qui te permet de te sentir toi, est affecté. Tu cherches, tu te souvenais être plus grand, plus fort; avant. Moins vulnérable. Mais là, t’es vraiment incroyablement vulnérable et il manque l’explication. Et pour pallier, tu veux remplir, trouver un renforcement. Mes parents avaient rien à offrir. Mais je prenais quand même d’eux; leurs défauts, leurs problèmes, leurs mauvaises habitudes. J’imbibais en moi leur identité. Leurs manies, leur façon de faire. Je devenais un peu moins *moi* et un peu plus *eux*. Ce qui est horrible.

Aujourd’hui je peux admettre que j’ai ‘rescapé’ 4 ou peut-être 5 de ces vestiges de mon enfance. Peut-être 7. Mais pas plus. Ça veut dire qu’il en reste 56? 58? C’est toujours incroyablement plus grand que moi.

Ces vestiges quand ils se réveillent, ils veulent vivre, ils ont des besoins, des besoins de petit gars de 2 ans, de 3 ans, de 13 ans. Et par moment, ça devient vraiment overwhelming, je ne sais pas comment gérer ça. Moi ce que je veux c’est leur donner ce dont ils ont besoin. Ma situation ne le permet pas toujours; en fait souvent pas. Et là je veux aller en voyage et vivre comme un enfant. Le problème c’est qu’ils veulent des choses différentes, et que l’adulte existe tjrs. Et j’ai aucune idée de comment les rallier. Je change de plan 9 fois par jour, et je le fais avec intensité chaque fois. C’est exaspérant. Épuisant. Difficile, Je suis perdu. Qui suis-je?

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