C’est ça être mère?

0 Biographie,personal  |   May 24, 2015  |     1611

mm, le plus difficile à écrire; je dois avouer que ça fait déjà 6 jours qu’il se tarde. J’ai l’impression que je vais vraiment pleurer quand ça va finalement sortir. Je suppose que c’est une bonne chose. Alors voici:

Ma mère avait peur, elle était inquiête. Elle l’est toujours et le sera (probablement / malheureusement) toute sa vie. Quand on ne se donne pas le courage de vivre l’amour au complêt ça devient plus difficile d’aimer. Surtout une fois que l’âme l’a vraiment connu l’amour. Et donc ma mère, qui me laissait partir avec mon oncle, ou mon grand-père; chaque fois voulait me protéger, me mettait un casque quand j’allais faire du quatres-roues, s’assurait que j’avais tout le matériel, s’inquiêtait. Elle pouvait bien s’inquiêter; elle savait ce qui allait se passer et n’a pas osé prendre de place, l’empêcher, intervenir.

En fait de laisser son père faire du mal à ses enfants, tout en sachant, ça a emprisonner son amour pour toujours. Elle ne pouvait pas aimer, supporter, être présente, encourager. Elle ne pouvait que s’inquiêter. Avoir peur, parce qu’elle se sent coupable, elle n’a pas osé être.

Parfois quand mon grand-père me ramenait saoul de ses escapades, que ma grand-mère me nettoyait et que ma mère me voyait, et voyait mon état, elle se disait: c’est pas si grave; Martin est saoul. Il ne se souviendra pas.

Et de là, moi je me suis senti abandonné par ma mère. Abandonné par ma mère, 20-30-40-50-60 fois? 60 .. et plus. J’ai sentit que je ne valais pas la peine d’être aimé. À 1 ans, à 2 ans, à 3 ans; chaque fois qu’elle me laissait partir avec mon grand-père, sachant très bien ce qui allait arriver.

Et cet abandon est profond, parce qu’il est arrivé si souvent, parce qu’il a été répété, et parce que je sentais ce que ma mère ressentait, qu’elle savait, qu’elle abandonnait complêtement son fils.

Ça m’est revenu en canot, avant que je tente de descendre un S5-6 sur la Du Sourd mardi dans la journée. Je suis allé voir le rapide, qui était au moins 2 fois plus volumineux qu’à l’habitude. La taille des vagues me faisait un peu peur, il y a beaucoup de roches dans le fond et chavirer et peter mon canot ça me tentait pas trop. Bon j’ai pas payé trop cher le canot mais c’est pas une raison pour le scrapper.

Après avoir regardé le rapide, je me suis assis à terre dans l’herbe. Il faisait chaud et beau, et y’avait pas de moustique; le dos contre un arbre. Et ça m’est remonté, tranquilement, ma mère qui me voit saoul-mort endormi, son amour qu’elle ne laisse pas vivre, qu’elle savait ce qui se passait; et que moi je sentais tout ça. Et qu’elle m’abandonnait. Carrément. Comment tu peux faire ça à tes enfants?

Et le liens entre l’amour refusé, savoir, l’abandon et la culpabilité qui se transforme en inquiétude perpétuelle. Mes parents sont tellements laids!! Ils ne peuvent pas supporter leurs enfants, les aimer vraiment, parce qu’ils les ont abandonnés; et quoi qu’ils fassent tant qu’ils n’auront pas avoué ça ouvertement, tous leurs efforts sont vains.

Et c’est dans cet énergie-là d’abandon que je me suis lancé dans le Seuil 5-6, ça s’est pas très bien passé. La première vague était si grosse qu’elle a avalé mon canot, j’ai chaviré. Heureusement la rivière Du Sourd c’est une petite rivière, presque rien. Large comme une rue à deux voies, et peu profonde. J’avais pieds, j’ai tiré, tiré mon canot vers la rive gauche de toutes mes forces en m’appyuant au fond rocailleux de la rivière. Relevant mes pieds chaque fois que je sentais un obstacle, frappanet une vague, et une autre et une autre. Tout le monde qui fait de la rivière te dira que c’est la pire chose à faire; j’aime prendre des risques on dirait et ça m’a servi; je suis arrivé au bord à le dernière minute; avant le début de la chute à gauche. 5 pieds de plus et mon canot y passait. Et là j’ai monté le canot sur le bord, très pentu, plein d’eau. J’étais sous le choc, perdu, mais déterminé. Et j’ai monté le canot, ça m’a tout pris mon petit change, et je l’ai vidé. Et j’ai portagé le reste du seuil.

Après, pour les autres rapides je ne sentais pas grand chose. Il y avait un autre R2-3 avec un S2-3 au milieu, les vagues tellement grosses que mon canot s’est fait avalé encore mais j’ai gardé la concentration et avec les appuis j’ai traversé ces vagues. Les orages de la veille ont vraiment fait gonflé la rivière (et détruit quelques chemins il parait) dans la zeq papineau-labelle. J’ai descendu la rivière en 5 heures, alors que ça prend 2 jours normalement. il y avait énormément de courant.

Une fois arrivé en bas, j’ai marché les 30 kilomètres qui me séparait de mon auto (laissé en haut). je sentais rien, ma tête ne fonctionnait pas du tout; remplis des souvenirs de hang-over, d’abus et plein du sentiment d’abandon. C’est profond ce sentiment-là. Les gens qui arraîtaient pour me demander ce que je faisais n’en revenanit pas que j’avais prévu de marcher ces 30 kms. Personellement je m’en foutais un peu, je sentais rien. Complêtement numb. Aucune pensée dans ma tête; j’étais en train d’accepter ces souvenirs; il faisait chaud, beau, gros soleil; pas vraiment de moustique; le ciel était bleu et les feuilles pas encores toutes sorties sur les arbres. C’est tranquille à cette saison (19 mai) un parc au québec.

J’étais partit à 7h du matin du haut de la rivière; à 5 heures je sortais du parc en voiture. J’ai conduit les 3 heures qui me séparait de montréal dans un état second, plein d’amertume, de colère, d’incompréhension. Arrivé chez moi j’étais incapable de m’endurer; je me serais volontier fait interner; incapable de penser, je voulais tuer, je voulais mourrir, je voulais en finir avec ces souvenirs et mon enfance de merde. Et tous les mensonges. TOUS LES MENSONGES.

Ça fait 35 ans que mes parents me mentent. Quand j’ai voulu porter plainte à la police, ils ont tout fait pour me dissuader; quand la police est venu chez moi pour interviewer mes deux parents ont détourner la conversation pour éviter de parler du sujet pendant 1h30. Quand je me suis souvenu que mon père savait, ma mère m’a dit: “Qu’est-ce que ça change qu’il savait que tu te faisais abuser.” Je ne comprenais pas. Pendant 1.5 ans j’ai demandé qu’on regarde mes photos d’enfant ensemble, ils n’ont jamais accepté. Quand je faisais de la thérapie et que les souvenirs remontaient, ils me disaient d’arrêter, quand je demandais à ma mère pourquoi c’était arrivé elle mentait et disait que jamais elle avait laissé quelqu’un mettre les mains sur moi. Quand le médecin de famille demandait pourquoi j’étais plein de bleus, elle disait que je courrais trop vite et que je me cognais sur les murs. Je me demande bien la menterie qu’ils ont du raconter quand j’ai eu des points de suture à l’anus parce qu’il a été déchiré.

35 ans de mengonges. 35 ans à douter de moi. 35 ans, dans le flou. C’est ça l’héritage de mes parents, c’est ça qu’ils ont offert à leurs trois enfants. Et qu’ils continuent à offrir aujourd’hui. Et moi tout ce que je demande depuis toujours c’est de comprendre, de savoir la vérité, de savoir ce qui s’est passé.

Et là, je crois que je sais vraiment tout ce qui s’est passé.

Tout ça m’a apporté une grande paix intérieure. Et je me suis dit que j’avais le droit d’être aimé maintenant. Et j’ai regardé toutes les fois que les filles ont essayés; tentés et toutes les raisons que j’ai trouvé pour dire qu’elles ne m’aimaient pas pour vrai.

Bon c’est pas guérit, c’est en processus. Mais la paix elle est là. Et ça c’est merveilleux…

M

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