L’amour du désespoir

0 Biographie,personal  |   March 11, 2015  |     1334

“C’est de ta faute mon petit crisse, c’est toi qui me fait faire ça calisse.”, “T’aime ça petit tabarnak, c’est de ta faute, c’est toi qui l’a voulu.”.

Quand un agresseur sexuel, surtout les pédophiles abusent de leurs victimes, ils ont ce besoin malaisant de remettre la faute sur la victime. Quand la victime a l’âge de la raison, elle peut faire la distinction entre ce qui est vrai, et la projection. Quand t’as 3 ans, t’es moins capable de faire la différence. À quatre ans non plus, et puis quand tu es saoul mort, ben il se passe pas grand chose. C’est quand même surprenant à quel point on enregistre tout; je n’y aurais pas cru.

Comme si c’était pas déjà assez de porter la faute, et d’avoir une conviction profonde que je me faisais punir pour .. pour? Pour un geste, une gaffe, parce que j’étais pas parfait? Je sais pas pourquoi. Je sais juste que ça m’a rendu vraiment inaccessible. J’ai rien envie de réussir, j’ai rien envie d’échouer, j’ai rien envie de faire devant d’autres gens, je veux être tout seul, avec moi-même, parce que là je ne pourrai pas décevoir, me tromper, faire quelque chose de pas correct. Et si je dois montrer ce que je fais à quelqu’un, je le fais avec une aggressivité inexplicable.

Entre ça et les “Tu vas baiser des hommes toute ta vie.”; “Quand je vais avoir fini avec toi, plus aucune femme voudra de toi.”. Et ma grand-mère.

Ma grand-mère. Celle qui nous nettoyait après, celle qui a tout vu, celle qui venait nous chercher chez mes parents pour nous amener à la roulotte parce qu’elle “s’ennuyait de ses petits enfants”. La réalité, c’est qu’elle était pu capable de son mari, et elle avait besoin d’un break de son aggressivité. Elle avait besoin que quelqu’un d’autre subisse à sa place. Elle utilisait ses petits enfants pour alléger son fardeau.

La même grand-mère qui, lorsqu’elle me nettoyait, me disait à quelle point j’étais précieux, à quel point elle m’aimait elle et que surtout, surtout il fallait pas que j’en parle à personne, qu’il fallait pas que je fasse de bruit même pendant les abus parce que ça pourrait éveiller les soupçons, que les gens pourraient poser des questions et alors ça lui causerait du tord. Alors moi, à 3 ans, à 4 ans, et jusqu’à 13 ans; je devais tout garder ça en dedans. Ne jamais en parler à personne, même pas faire de bruit pendant qu’ils abusaient de moi. Et j’avais tellement besoin d’amour, que c’est exactement ce que j’ai fait. J’ai accumulé, je me suis dissocié.

Je me suis dissocié tellement souvent. C’est un réflexe de survie; c’est une façon pour l’être victime d’un acte trop difficile à gérer de continuer à vivre. À chaque fois il perd des plumes, à chaque fois il enferme de la vitalité avec un masse d’émotion trop grande pour lui. À la longue, en vieillissant cela devient une forme de stress post-traumatique. Dans mon cas, ça s’est accumulé.

Parfois en thérapie, je vais dans cet endroit ou tous les ‘martins’, qui sont persuadés d’être morts, sont. Ils ne savent pas que les autres sont là aussi, ils ne savent pas que les autres existent. Au début de la thérapie il y en avait une trentaine. Je crois en avoir évacué 2. Je ne suis pas certain. Parfois ils entrent en collision les uns avec les autres, et là j’ai des crises. Toutes sortes de crise.

Là première ressemble énormément à une forme légère d’épilepsie; il se forme un énorme champs de bataille entre les hémisphères de mon cerveau; je deviens disfonctionnel, je perds la tête. Au début j’ai peur, peur à mourrir, je ne trouve aucune position confortable et j’ai peur de perdre la raison; tout semble sans issue, ma mort semble certaine et chaque ‘offrande’ que mon intellect fait comme point d’appuit est automatiquement dissout par l’autre côté de mon cerveau. Souvent je vomis tout ce que j’ai dans le corps, c’est d’une violence incroyable; et en même temps se fait la même vidange de l’autre bout. J’ai des petits répis après les efforts extrèmes de vomir, quand la bile se met à sortir, et parfois ça va jusqu’au sang. Et la quand mon corps est complêtement épuisé j’ai une sorte de boost d’énergie, on dirait de l’adrénaline et j’ai un répis. Je m’assois quelque temps, quelque part et je trouve un point de confort. Tout ça se passe généralement dans la salle de bain, près de la toilette. Des fois je prends un bain, pendant les répis et là ma tête part, un film incohérent mais incroyablement détaille se met à jouer dans ma tête et je perds complêtement contact avec le monde extérieur. Ça peut durer des heures. Et parfois, les vomissement reprennent; généralement quand j’ai tout évacué le contenu de mon système digestif, des deux bouts, là je tombe dans une hallucination.

C’est incroyablement demandant. Ça fait des années que j’ai ça; ça peut arriver quelques fois par mois, et parfois moins souvent. Le pire c’est quand je buvais de l’alcool. Là c’était insupportable parce que ça durait une demi-journée parfois.

L’autre symptôme absolument hors du commun c’est que quand je bois de l’alcool, j’ai une érection qui dure plus de 8 heures toute la nuit. Je me réveille la nuit en me masturbant dans mon sommeil. Si je suis avec une fille et qu’elle en est capable on peut baiser 7-8-9-10 fois pendant la nuit. C’est rare qu’une fille apprécie ça. Plus je bois, pire c’est. C’est une des (nombreuses) raisons pour lesquelles je ne touche plus à l’alcoool.

J’ai compris une fois le truc de l’érection et l’alcool. La vie, en moment de détresse, investis beaucoup d’énergie dans la reproduction. Elle comprends que c’est la fin et que sa seule chance c’est de se reproduire. Mon corps a enregistré les abus, les noyades, et a associé tout ça avec l’alcool. Donc quand je bois, mon corps se met en mode “c’est la fin”. C’est terminé. Et alors, toute l’énergie va vers la reproduction. Il y a des filles que je rencontrent qui trouve ça magique, wow, ça doit être génial. Parce que la plupart des hommes durent quoi, 3 à 7 minutes? et moi je dis que je peux durer quatre, cinq, six, sept heures si je bois. Mais dans la réalité, rare sont les filles qui aiment vraiment ça!! C’est juste le contraste, l’autre extrème et ça les attire.

Pour en revenir à l’amour, j’ai eu la chance de vivre plein de sortes d’amour incroyable quand j’étais jeune. Mon grand-père m’aimait, mes oncles m’aimaient, mon père m’aimait et ma grand-mère aussi.

À 17 ans j’ai écrit un poème sur l’amour. Ou peut-être j’avais 15 ans. Je vais le trouver et le poster ici. Bref je n’y croyait pas du tout.

Raconter ça, ça me rend incroyablement aggressif; surtout l’alcool, et les noyades. Et tout ce monde qui me disait m’aimer. M’AIMER. C’est ça l’amour?

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