L’amour artificiel

1 Biographie,personal  |   March 11, 2015  |     1552

En premier lieu, il faut comprendre le mot artificiel, qui tient sa racine dans le mot artifice: moyen habile destiné à tromper. Mon père est roi, le roi de tous les rois là-dedans. En fait il aura vécu toute sa vie dans un artifice. Et l’amour qu’il proclame avoir pour les gens qui l’entoure c’est que ça; un artifice.

Il a passé 10 ans à me voir jouer au hockey. 10 ans, à disons 20 heures par mois, disons 8 mois par année. Ça donne 1,600 heures. Il a donc passé 1,600 heures de sa vie à regarder son fils qu’il “aime” jouer au hockey, se donner comme peu d’enfants le font. Tout le monde disait que j’avais tellement de coeur au ventre. En plus, comme on habitait en campagne, il a du passer au moins un autre 1,600 heures à me transporter en voiture, aller-retour tout ça pour jouer au hockey. Et dans la voiture, il ne se disait pas un seul mot. Jamais. Pas un seul. Et donc 3,200 heures de sa vie, il a pas trouvé le moyen d’encourager, et il prétend aimer. Ça fait aucun sens. J’ai osé lui poser la question une fois: À quoi tu pensais, pendant que tu me regardais jouer au hockey sans m’encourager? Il se passait quoi dans ta tête? Tu faisais quoi?

À cette question, il a eu des palpitations cardiaques. Ça a du réveiller quelque chose dans son coeur, je ne sais pas trop. Moi je me dis qu’en tant que gai refoulé, il a du passer son temps à retenir ses envies charnelles envers les autres (surtout des pères) dans l’auditoire. En tout cas, il a jamais même eu l’envie de m’encourager. JAMAIS. Pas une seule fois. C’est pas comme s’il avait essayé, s’il avait tenté, s’il avait fait quelque chose. Il a rien fait. JAMAIS RIEN FAIT.

Moi je vis l’amour, et je sais que s’il y avait eu de l’amour là, de sa part envers moi, il est IMPOSSIBLE en voyant son fils se donner autant dans le but de trouver de la reconnaissance que son coeur, à un moment donné, le lui ait pas chuchoter d’essayer de m’encourager. Juste d’essayer, même si c’est maladroit. Un peu, un mot, un geste. un highfive. Rien. jamais.

En fait mon père, et son amour artificiel, il était juste incapable de s’affirmer de façon authentique parce que s’il l’avait fait il aurait été ‘spotté’ immédiatement. Et alors avec le temps il a perdu la faculté de s’exprimer, et son coeur s’est encagé au plus profond de son être et sa vie elle s’est vécu dans l’égo.

Mon problème c’est pas qu’il ne m’a pas aimé. Mon problème c’est qu’il a répété, toute sa vie, plusieurs fois par jour qu’il nous aimait. Qu’il était là pour nous. Alors que tout ce qu’il offrait c’était de l’absence. Son absence.

Mais à l’écouter, il aime tellement. Je me suis rappelé hier pourquoi il m’avait permis de jouer au hockey: son père l’avait fait pour lui. Et lui par devoir l’a fait pour moi. C’est la pire raison au monde de faire quelque chose pour quelqu’un, et encore pire pour son propre fils. Si tu prends aucun plaisir à faire quelque chose, à donner autant de temps à quelque chose, pour quelqu’un d’autre, les répercussions négatives seront tellement énormes!

Il passait son temps dans le silence, ou à nous dire qu’on le dérangeait, qu’on était fatigué fatiguant, qu’on était trop vivant, trop si, trop ça. Bien sûr qu’on était trop, quand tu es mort vivant, tout est trop pour toi.

Un jour il m’a dit: Tu m’en veux parce que je ne t’ai pas défendu. On était en 2010 je crois et je ne comprenais pas pourquoi il me disait ça. Défendu? À ce moment-là je ne me souvenais que de quelques bribes, je ne savais pas encore pour l’alcool. Je ne savais pas pour mon oncle, je savais juste que j’avais été abusé sérieusement; mais le nombre de fois, les conditions entourant les abus, et ce qui s’était passé exactement je ne savais pas. L’alcool a rendu la démarche thérapeutique si difficile. Et les traumatismes de passer à un poil de la mort si régulièrement .. c’est immonde comme traitement. Je me suis toujours demandé ce qu’il voulait dire. Et quand j’ai vu le souvenir ou il était présent, j’ai tout compris, tout d’un coup.

Il faut comprendre que, d’après mes parents, je devrais arrêter de creuser. Je devrais arrêter d’essayer de me souvenir, que mes démarches thérapeutiques sont ‘too much’. Ils veulent, en gros, que j’aille pas plus loin.

Ma mère, et ma soeur, m’on toutes les deux dit: “Qu’est-ce que ça change que ton Père savait pour les abus.”. Cette question-là m’a cidéré. Qu’est-ce que ça change? Tout? Ça change que se faire dire par son Père pendant 35 ans qu’il t’aime, mais qu’au fond il y a aucun amour, c’est grosso-modo un moyen de te rendre schizophrénique! Il ne se passe plus rien, on a rien compris. J’ai rien compris. Je ne comprendrai plus jamais rien.

Quand j’ai voulu porter plainte à la police pour déclencher une enquête, mon père a tenté pendant 2 ans? de me dissuader. Quand je suis allé au funérail de ma grand-mère pour tenter de prendre la parole devant un rassemblement de gens qui, forcement, quelque part quelqu’un a vu quelque chose? Même chose. Quand je lui ai dit, dernièrement, que je vivais des moments difficiles reliés à l’alcool, il m’a fait comprendre que je devais passer à autres choses au lieu de comprendre. Sûr que si je creuse je vais bien finir par savoir qu’il ÉTAIT PRÉSENT. Il a vu, de ces yeux, il est COMPLICE LE TABARNAK.

Mais bien sûr que non, il m’aime. Il M’AIME d’un amour inventé, artificiel. Un amour qui n’existe pas.

Encore aujourd’hui j’ai du mal à accepter tout ça. À accepter que c’est POSSIBLE pour quelqu’un d’agir de cette manière.

PUTAIN DE CALISSE. Ça a pas d’allure.

Le pire là-dedans c’est ma mère qui le défend. Et ma petite soeur qui m’en veut à mort chaque fois que je cherche à comprendre. Quand je cherche à comprendre mon père vit des malaises, et ma soeur dit que je vais le tuer (en lui faisant vivre trop d’émotions).

TOUT CE QUE JE DEMANDE C’EST DE SAVOIR CE QUI S’EST VRAIMENT PASSÉ. C’est trop demandé? Je suis assez éveillé pour me rendre compte à quel point je suis fucké, je passe, par moments, des mois ENTIERS à méditer à raison de 10+ heures par jour dans le but de voir clair. Je fais toutes sortes de thérapie. Je sais que je ne peux pas vivre ma vie comme je veux, alors je cherche à comprendre pour pouvoir me libérer. Et ma mère? et mon père? Ils font tout pour m’en dissuader. Et ils appellent ça de l’amour? Mon cul ouais; de l’amour de boîte de cracker jack.

Il y a une semaine, j’ai pris la décision de ne plus douter de moi. De douter d’eux. Et là, le premier texte sur le sujet est apparu sur ce blog. Et ce n’est que le début.

M

Comments
  • March 11, 2015 at 9:33 am

    Simon Alarie

    À mon humble avis il n’y a aucune montagne, trail ou océan qui a été créé dans le simple but d’exister. La définiton de leur territoire se précise en fonction de la tolérance de l’explorateur à faire face à l’inconnu mais surtout, selon sa vision à pouvoir redéfinir cet inconnu à travers l’exploration.

    Je crois l’analogie s’applique parfaitement à l’exploration des abîmes de la vie: Ce n’est pas donné à tous de pouvoir le faire et ainsi de pouvoir en comprendre les motivations. Les râres conrageux à pouvoir l’entreprendre sont ceux-là même qui s’offrent l’opportunité de tirer bénéfice de ces territoires vierges. Vierges de conviction! Vierges d’humanité!

    En honneur de ton voyage de ski. En honneur à un brave de la vie!

    Simon.

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